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Les mineurs et la mine
Sujet :A mon père
amic2527/11/2016 11:29
Mon père subit le sort commun des garçon de son âge : il ne poursuivra pas ses études au-delà de l'école primaire sans attendre le certificat d'études qui ouvrait bien des portes alors. Sa mère l'embauche à la mine en tant que galibot, car les besoins d'argent sont devenus pressants.
Treize ans, un âge bien tendre encore !
On aura davantage d'égards pour son frère Octave : d'abord apprenti-boulanger, il ne rejoindra la mine que bien plus tard.
Mon père ! le moins considéré des enfants. Pourtant tellement dévoué et attentif au bien-être des siens !
Devenu adulte, il porte des lourdes brouettées de charbon chez son frère, devenu entre temps chauffeur-livreur. Il dissimule ce qu'il transporte sous un sac car l'expédition présente bien des périls dont les dénonciations ou les rencontres inopinées avec le garde ne sont pas les moindres : ce personnage redoutable inflige des amendes prélevées sur la "quinzaine", peut obtenir le renvoi sans appel d'un ouvrier ou supprimer l'allocation de charbon à laquelle chaque mineur a droit .
Mon père ahane, sue, repose parfois la brouette, se frotte les mains l'une contre l'autre et cherche des yeux, au lointain, l'endroit où de nouveau il se reposera.
Jamais, en retour, il ne recevra de remerciement...
O mon père, aimant, en dépit de sa rudesse rageuse ou ses brusqueries tatillonnes et rabâcheuses qu'adolescent je supporte mal mais qui dissimule trop bien sa bonté rugueuse, sa fierté aussi de me savoir "arrivé".
Ma promotion sociale (enseignant en 1961) est un peu la sienne, celle qu'alors bien des mineurs rêvaient pour leurs enfants.
Ma soeur m'a raconté ses larmes furtives quand il apprit mon succès au baccalauréat...
Lorsque l'ennui lui pèse trop, il me rend visite dans le village où j'exercerai plus de trente ans. Il se fait si humble ! N'osant pénétrer dans la cour d'école mais me faisant signe depuis le portail et m'attendant.
Son humilité grandit avec notre âge. il risque parfois un avis à peine ébauché, timide, s'effaçant bien vite.
O mon père ! Aujourd'hui que tu n'es plus, je songe à certaines de mes maladresses, à tout ce que nous n'avons osé nous dire...A tous ces élans contenus. Par pudeur. Entre hommes, cela ne se fait pas...
Papa, comme tu me manques, maintenant !




batisse28/11/2016 11:22
Magnifique! Et 20 sur 20 pour l'orthographe, ce qui illumine le texte, même si ce respect des règles a tué ce forum.

La reconnaissance envers les gens simples ayant un coeur "gros comme ça" est souvent discrète. Ton histoire rappelle la célèbre chanson de Daniel Guichard.

Toi comme lui avez trouvé les mots pour exprimer vos sentiments envers un parent admiré avec trop de pudeur.

Bravo. J'espère pour toi que ta vie sera aussi réussie que celle de ton père et que tes enfants seront aussi fiers de toi que tu l'es de lui.
therese14/12/2016 00:27
Je suis tout à fait d'accord avec Batisse. J'aime beaucoup ce texte, il est très émouvant.

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